Textes

Eden

baigneur3

C’est Pline et d’autres auteurs antiques avec lui qui placent le désir à l’origine de la peinture. Désir divers et sans cesse renouvelé. Désir de garder l’empreinte de l’être aimé, de tout ce qui change ou qui nous quitte, désir d’exorciser le passage du temps.

Les jardins sont par excellence le lieu d’une quête, celle du paradis perdu.

Les jardins orientaux préfigurent le Paradis, avec sa végétation luxuriante et soignée, ses cours d’eau indispensables, ses bruits et ses parfums, la faune qui s’y réfugie.

Loin de les placer pour ma part dans un au-delà inaccessible, mes jardins sont une sorte de métaphore du désir. Mon désir, qui se régénère, s’auto-entretient puis finalement risque de se détruire, par la répétition. 

A la toile, je préfère le papier. C’est une véritable peau que je recouvre, que je sature de couleurs, que je triture et mets à mal, torture par mes gestes violents et quelquefois désordonnés. Je colle et décolle le papier, l’incise, le « recouds » puis masque ses blessures, en cache les cicatrices ;  j’y laisse les empreintes de la vie de l’atelier, les pas, les accidents et la poussière. Je travaille au sol, pour mieux le maîtriser… Souvent, je pense à Munch qui exposait ses toiles aux intempéries. 

Chaque page blanche est un jeu toujours renouvelé, un mystère que j’essaie d’élucider.

« Et si je mettais quelque  chose là… Si j’essayais cette couleur inhabituelle… Et ce rapport désagréable de formes, puis-je le faire tenir dans ma composition?… Et une pelouse, drue, jeune et verte, comment cela se dit-il par rapport à l’eau, profonde et sensuelle?… Et le ciel ici, sera-t-il serein?… Et si je devenais cruelle, sadique, et déchirais le papier… Et enfin ce blanc, comment pourrais-je le rendre plus blanc, comme dirait la poétesse Kiki Dimoula? »

Rêverie, contemplation sont des concepts désuets et honnis dans notre monde rapide et matérialiste ;  mais c’est avec un plaisir et une joie intempestifs que j’invite le regardeur à plonger comme moi dans l’eau, à s’asseoir sur une chaise longue et à se livrer…

 Albertine Trichon, novembre 2016

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