Textes

Une présence tangible

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C’était au cours d’un déjeuner avec C. Il me parlait de son dernier tweet sur la destruction des vénérables ruines de Palmyre,  m’invitant à retweeter. Je me moque gentiment.  Il s’emporte,  me reproche mon désengagement citoyen et politique… Il me parle alors de mes  tableaux, qui sont hors du monde d’après lui, dans une bulle hermétique… Il m’invite à me replacer dans la « réalité », rien de moins que de « redescendre sur terre ».

Est-ce que la peinture peut être un commentaire crédible de l’actualité ? Et que peut-elle « communiquer »?

J’aime les images, le dessin et la peinture. Dans ce monde qui est devenu si « médiatisé », (dans le sens de vécu par le truchement de) j’essaie de trouver une présence tangible. Une vision incarnée. 

Quand je peins, je suis au présent (au sens latin : présence d’esprit,  sang-froid, résolution), présente à ce que je fais, il n’y a aucun décalage. Je suis ancrée dans la réalité. Quand je choisis mes motifs, c’est précisément dans le monde qui m’environne que je les choisis,  je ne suis pas une peintre abstraite.  

Lorsque je dessine sur le motif, c’est une manière de voir mieux. C’est ainsi que je réussis aussi à m’attacher les choses qui m’entourent. Retenir le temps, qui transforme. Trouver un sens, mettre de l’ordre. On doit chercher son propre procédé quand on peint. Se donner des règles,  pour pouvoir continuer à peindre. Comment rendre la mer par des motifs graphiques, plutôt que par la couleur ? Est-ce que l’on peut changer, transformer impunément les couleurs qu’un spectateur ne s’attend pas à voir?

Il y a la dimension de jeu, de challenge dans ma manière de pratiquer la peinture. 

Je ne veux pas aller vite.  La peinture ne peut aller vite,  elle ne peut que ralentir, contrairement à ce qu’a dit un jour Alex Katz.

Pour qu’un sujet m’intéresse et devienne motif,  il faut que je le fréquente beaucoup,  que je m’y habitue, que nous nous apprivoisions mutuellement. S’il n’y a pas ce mouvement,  cette histoire d’amour en quelque sorte, je ne peux m’y intéresser.  

Je travaille longtemps les mêmes sujets pour les pousser au bout de ce qu’ils ont à me dire. Jusqu’à ce que l’ennui s’installe.

Ainsi, mes thèmes s’articulent autour de ma vie intime. J’ai un intérêt pour le local.

C’est le trajet qui me mène a l’atelier, au gré des détours de la vie (vacances en famille, farniente). Le passage du monde social au monde clos de l’atelier: tous les jours, je passe par le canal. 

Dans mes derniers travaux, je m’inclus (mes genoux, une main, la feuille blanche du dessinateur) en tant qu’observatrice et la couleur est réapparue. Après m’être limitée pendant longtemps à une palette restreinte, pour tenter d’échapper aux poncifs impressionnistes du paysage,  j’ai réintroduit des couleurs qui restent étranges et plutôt inhabituelles. Ce sont des paysages qui n’ont pas de temporalité définie, on ne sait pas si c’est le jour,  l’aube, la nuit… Ils sont vus comme au travers un filtre, comme le négatif d’une photo. De plus en plus, c’est une ville qui sort de mon imaginaire, qui revêt les caractéristiques et les attributs de contes étranges.

Albertine Trichon

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